Ce que vous mettez dans votre assiette influence votre corps entier
Le matin : tout commence par les protéines
Des céréales, du jus d’orange, des tartines beurre-confiture. C’est le petit déjeuner de la majorité des Français. Et nutritionnellement, c’est catastrophique.
Non pas parce que c’est « mauvais » au sens moral du terme. Mais parce que ce repas entièrement sucré provoque un pic d’insuline dès le réveil — au moment précis où le corps n’en a pas besoin.
Ce que le corps cherche le matin, c’est de la dopamine. Un neurotransmetteur directement lié à l’éveil, à la concentration, à l’envie d’avancer. Les protéines apportent de la tyrosine, l’acide aminé précurseur de la dopamine. Des œufs, du fromage de chèvre, des sardines, quelques amandes, un yaourt de brebis. Rien d’élaboré. Juste une source de protéines.
Le résultat concret : vous tenez jusqu’à midi sans fringale. Votre tête est disponible. Vous n’avez pas ce coup de barre de 10h30 que vous attribuez à la fatigue — alors que c’est la glycémie qui s’effondre.
Est-ce que vous savez ce que vous mangez au petit déjeuner demain matin ?
Le soir : la logique du tryptophane
Le soir, tout s’inverse. Le corps ne cherche plus à être éveillé — il prépare le sommeil. Et pour ça, il a besoin de sérotonine, pas de dopamine.
La sérotonine est fabriquée à partir du tryptophane, un acide aminé précurseur aussi bien de la sérotonine que de la mélatonine, le principal régulateur du cycle éveil-sommeil. On le trouve en bonne quantité dans les légumineuses, le riz complet, les graines de tournesol, le soja, le chocolat noir.
Mais il y a un mécanisme souvent ignoré : pour que le tryptophane atteigne le cerveau, il a besoin des glucides. Sans eux, d’autres acides aminés entrent en compétition et bloquent son passage. C’est pourquoi associer protéines végétales et féculents complets le soir — lentilles et riz, pois chiches et quinoa — est biologiquement cohérent.
À l’inverse, les protéines animales relancent la dopamine et demandent un temps de digestion long. Deux choses qui retardent l’endormissement et dégradent la qualité du sommeil. Privilégiez donc les protéines végétales le soir — sans en faire une règle absolue, mais avec régularité.
Vous dormez mal depuis des semaines ? Commencez par regarder ce que vous mangez à 20h. Avant les compléments, avant l’application de méditation, avant tout le reste.
Le jus de fruits n’est pas un fruit
C’est peut-être le malentendu nutritionnel le plus répandu. Un verre de jus d’orange pressé contient autant de sucre qu’un soda, avec un index glycémique similaire.
Pourquoi ? Parce que le pressage détruit les fibres. Et ce sont les fibres qui ralentissent l’absorption du sucre dans le sang. Sans elles, le sucre passe vite, l’insuline monte, l’énergie s’effondre.
Un fruit entier : fibres intactes, index glycémique modéré, satiété réelle. Un jus : pic glycémique, pas de satiété, insuline en hausse. La règle est simple. Mangez le fruit. Ne le buvez pas.
Le sucre n’est pas le seul ennemi. Dans la section suivante, on démonte un mythe encore plus tenace : l’idée que le gras fait grossir et qu’il faut l’éviter.
Les graisses, les fibres, les antioxydants : arrêtez de les fuir
Le mythe du régime sans graisses
« La chasse au gras n’a aucun fondement scientifique ni biologique. » C’est Anthony Berthou, nutritionniste spécialiste de l’alimentation systémique, qui l’écrit. C’est direct. Et c’est vrai.
Les bonnes graisses sont indispensables. Aux membranes cérébrales. Aux connexions neuronales. À la régulation de l’inflammation chronique — celle que je retrouve chez beaucoup de patients qui mangent « équilibré » mais évitent le gras depuis des années.
Le problème n’est pas qu’on mange trop de gras. C’est qu’on mange trop de mauvais gras. Huile de tournesol, huile de coco, huile de palme, graisses cachées dans les biscuits, les chips, les plats préparés. Des oméga-6 en excès qui alimentent l’inflammation plutôt que de la calmer.
Ce qu’il faut chercher : les oméga-3. Selon l’ANSES, leur consommation régulière contribue à abaisser les triglycérides sanguins et la pression artérielle chez les personnes hypertendues. On les trouve dans le maquereau, la sardine, le hareng, l’huile de colza ou de noix, les graines de chia ou de lin. Et les oméga-9 : huile d’olive, noisettes, amandes. Une règle pratique : limitez le thon et le saumon à une fois par semaine. Ils concentrent les métaux lourds.
800 g de fruits et légumes par jour : moins compliqué qu’il n’y paraît
800 g à 1 kg par jour. Ça paraît beaucoup. En réalité, c’est une salade le midi, deux légumes cuits le soir, une pomme dans la journée et une poignée de myrtilles. On y est.
Les fibres contenues dans ces aliments régulent la glycémie, nourrissent le microbiote, freinent l’appétit. Les vitamines et minéraux protègent les cellules. Les antioxydants ralentissent le vieillissement tissulaire.
Les végétaux bio contiennent entre 20 et 70 % de polyphénols en plus que les conventionnels — des molécules qui agissent directement sur l’inflammation. Quand c’est possible, privilégiez le bio sur les fruits et légumes que vous consommez le plus souvent.
Une seule règle dans l’assiette : variez les couleurs. Rouge, vert, orange, violet. Chaque couleur correspond à une famille d’antioxydants différente.
Les antioxydants au quotidien : pas besoin de superaliments à 30 €
Pas besoin de commander des baies d’açaï en ligne. Les antioxydants les plus puissants sont souvent déjà dans votre cuisine.
Myrtilles, framboises, mûres, fraises. Curcuma, gingembre, cannelle, clou de girofle. Thé vert, café sans excès. Chocolat noir à 70 % minimum — deux carrés suffisent. Thym, basilic, origan, ail, oignon. Ces aliments protègent contre le vieillissement cellulaire et réduisent le risque de maladies chroniques.
C’est l’une des rares fois où ce qui est bon pour la santé est aussi bon à manger. Profitez-en.
Vous savez maintenant quoi mettre dans votre assiette. Ce qui suit est tout aussi décisif : comment vous mangez.
Comment vous mangez compte autant que ce que vous mangez
Mastiquer : le geste le plus négligé de la nutrition
En cabinet, quand je demande aux gens combien de fois ils mâchent avant d’avaler, la réponse est souvent un silence gêné. Quatre fois. Cinq fois. Parfois moins.
La mastication est la première étape de la digestion. Quand elle est bâclée, tout le reste en pâtit. L’estomac doit compenser en produisant davantage d’acide gastrique pour décomposer des morceaux encore trop gros. Résultat : reflux, ballonnements, lourdeur après les repas. Des symptômes que beaucoup attribuent à la nature des aliments — alors que c’est une question de vitesse.
Mâcher lentement, c’est envoyer les signaux de satiété au cerveau au bon moment. C’est manger moins sans se priver. C’est protéger les dents et les gencives en stimulant la production de salive, qui neutralise l’acidité et protège l’émail.
Vingt mastications par bouchée. C’est l’objectif. C’est beaucoup plus long que ce que vous faites en ce moment.
20 minutes par repas : une question de physiologie, pas de discipline
Manger en 8 minutes devant un écran. Avaler le petit déjeuner debout dans la cuisine. Finir son assiette avant que le cerveau ait eu le temps de traiter l’information. Ce n’est pas de la paresse — c’est le rythme qu’impose la vie active.
Mais 20 minutes, ce n’est pas une convention sociale. C’est le temps que met le corps pour envoyer le signal de satiété. En dessous, on mange plus que nécessaire. Mécaniquement. Sans s’en rendre compte.
Manger sans écran. Poser ses couverts entre les bouchées. Regarder ce qu’on mange. Trois gestes. Vingt minutes. Un impact réel sur les quantités consommées, sur les choix alimentaires, sur le niveau de stress en fin de journée.
Et quand on mange vite et de façon automatique, on ne ressent plus vraiment le plaisir de manger. On est attiré vers ce qui crée une réponse sensorielle immédiate : gras, sucré, salé. La pleine conscience à table n’est pas une pratique spirituelle. C’est de la physiologie de base.
Le sel : on en consomme plus du double de ce dont le corps a besoin
La plupart du sel consommé ne vient pas de la salière. Il est déjà dans les plats préparés, les charcuteries, les fromages industriels, les sauces, les soupes en briques. En France, la consommation moyenne est estimée à 9,2 g par jour chez les hommes et 7,1 g chez les femmes — soit bien au-delà des 5 g recommandés par l’OMS.
L’excès de sel favorise l’hypertension artérielle, augmente le risque d’AVC et est associé au cancer de l’estomac. À l’échelle mondiale, on estime que 1,89 million de décès par an sont liés à une consommation excessive de sodium. Ce ne sont pas des mises en garde abstraites. Ce sont des données épidémiologiques solides.
Trois gestes concrets : goûtez avant de saler, retirez la salière de la table, remplacez par de l’ail, du citron, du paprika, des herbes fraîches. Le goût ne disparaît pas. Il change. Et souvent, il s’améliore.
Dernière partie : deux gestes de fond qui changent la qualité nutritionnelle de tout ce que vous mangez, indépendamment du contenu de l’assiette.
Les petits changements qui font vraiment la différence
Cuisiner à basse température : préserver ce que les aliments ont à offrir
La cuisson à haute température détruit. C’est aussi simple que ça. Certaines vitamines perdent jusqu’à 50 % de leur teneur dès que la chaleur dépasse un certain seuil. Plus la cuisson est longue et forte, plus l’aliment s’appauvrit.
Il y a un autre problème. Le brunissement des aliments — ce qu’on appelle la réaction de Maillard — produit des composés qui, consommés en excès sur la durée, augmentent le risque de certains cancers. Grill, friture, cuisson à la poêle à feu vif. Ce n’est pas une raison de paniquer. C’est une raison de varier.
La vapeur douce, en dessous de 100°C, est la meilleure option disponible. Elle préserve les nutriments, ne produit pas de composés nocifs, respecte le goût naturel des aliments. Un cuit-vapeur à 80-90°C, c’est l’investissement cuisine le plus rentable que vous puissiez faire.
Manger brut : la règle des 4 à 5 ingrédients
Un produit brut n’a pas d’étiquette. Une pomme, un œuf, des lentilles, une sardine. On les trouve dans la nature dans la forme où on les mange.
Les ultra-transformés, c’est l’inverse. Faible densité nutritionnelle. Charge glycémique haute. Peu de fibres. Texture trop molle qui ne génère pas de vraie satiété. Et un impact direct sur le microbiote intestinal : des études récentes montrent que leur consommation régulière réduit la diversité bactérienne intestinale — un facteur associé à davantage de troubles métaboliques, inflammatoires et même dépressifs, selon l’Inserm.
La règle pratique est celle-ci : si la liste d’ingrédients dépasse 5 éléments ou contient des noms que vous ne reconnaissez pas — sirop de glucose-fructose, amidon modifié, protéines hydrolysées — reposez le produit. L’application Yuka peut faire ce tri en quelques secondes.
Construire ses repas autour du végétal : commencer petit
Tout changer d’un coup ne fonctionne pas. Le changement alimentaire qui dure, c’est celui qui s’intègre sans rupture brutale avec ce qu’on fait déjà.
Un seul repas pour commencer. Le dîner. Une soupe de légumes et des lentilles. Un wok de légumes avec du riz complet. Des œufs et des épinards. Simple, rapide, cohérent avec ce que le corps demande le soir.
Ensuite, le petit déjeuner. Ajoutez une source de protéines. Deux repas transformés : vous avez changé l’essentiel de votre journée alimentaire. Le reste vient naturellement, sans règles rigides, sans effort de volonté, sans culpabilité.
Ce que vous mangez influence directement la qualité de votre récupération, de votre sommeil, de votre résistance à la douleur. En ostéopathie, on travaille le corps — mais ce que vous mettez dans votre assiette, c’est ce qui prépare le terrain.
Votre alimentation sabote peut-être vos efforts ?
Au cabinet à Nantes, on prend le temps de regarder l’ensemble : le corps, la posture, mais aussi les habitudes de vie qui influencent directement tensions, récupération, énergie. L’alimentation, le sommeil, le stress tout est lié. Rien n’est jugé.
Cet article est rédigé à partir des travaux de Julie Chapon et Anthony Berthou, nutritionnistes, publiés en janvier 2026.
Anthony Berthou est nutritionniste, spécialiste des enjeux systémiques de l’alimentation et enseignant auprès des professionnels de santé. Il est l’auteur de Du bon sens dans notre assiette.
Sources Julie Chapon & Anthony Berthou — Les 10 clés d’une alimentation saine, janvier 2026. ANSES — Recommandations nutritionnelles pour la population française. OMS — Alimentation saine, aide-mémoire, 2020. Monteiro et al. — Classification NOVA des aliments transformés, Public Health Nutrition, 2018.
Cet article est à visée informative. Il ne remplace pas un avis médical ou diététique personnalisé.